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6 fév 2017 / Médias

« Une Guerre Sans fin » : la critique de mon dernier livre par Eric Delbecque sur le Figaro.fr

Le djihadisme, héritier du fascisme, du nazisme et du soviétisme ?

Par Eric Delbecque

6 février 2017

FIGAROVOX/TRIBUNE – Eric Delbecque a lu l’ouvrage Une guerre sans fin du député Pierre Lellouche consacré à la menace planétaire de l’islamisme radical. Il y voit une contribution riche, fournie et cohérente à l’étude du phénomène «totalitaire» du 21e siècle.

Eric Delbecque est président de l’Association pour la compétitivité et la sécurité économique (ACSE) et directeur du département intelligence stratégique de SIFARIS. Avec Christian Harbulot, il vient de publier L’impuissance française: une idéologie? (éd. Uppr, 2016).

Le livre de Pierre Lellouche, Une guerre sans fin (éd. du Cerf) est apparemment celui d’un néoconservateur à l’américaine… Il y dénonce très classiquement le relativisme moral dont font preuve une partie des Occidentaux vis-à-vis des salafistes, et il appelle à une réaction bien davantage musclée contre tous les soutiens de l’intégrisme islamiste.

L’ancien ministre s’assume en faucon extrêmement résolu qui déteste franchement toute complaisance – dans le débat hexagonal au premier chef – envers ce qui mine la confiance de l’Occident en lui-même. Pour aller au fond des choses, on peut même avoir l’impression qu’il n’est pas loin d’adhérer à la thèse du «choc des civilisations» de Samuel Huntington.

Il est pourtant nécessaire de dépasser les apparences. Si l’on peut trouver ses positions tranchantes, il n’en reste pas moins que son analyse présente un grand mérite: celle de la cohérence. De plus, enracinée dans un travail de fond impressionnant, elle déploie une vision parfaitement lucide du salafisme djihadiste. Il ne cesse, à juste titre, de le qualifier de totalitarisme.

De ce point de vue, son décryptage est incontestable: le djihadisme s’impose comme l’héritier du fascisme, du nazisme et du soviétisme. Il incarne au XXIe siècle la menace fasciste et totalitaire. Il ne s’agit pas de sombrer dans l’anachronisme, mais de noter une filiation et une identité de nature, où plutôt de constater qu’une analogie est possible. Ces quatre idéologies dérivent d’une matrice commune, un modèle holiste de fonctionnement social dans lequel l’individu n’est rien.

Quelle est l’étape suivante de son raisonnement? Que l’immigration massive en Europe de populations qui ne partagent pas nos idées et nos codes culturels (notamment la laïcité et les valeurs démocratiques) fragilise le tissu social et favorise la propagation du fondamentalisme (qui constitue aux yeux de Pierre Lellouche l’une des véritables menaces contre laquelle il convient de lutter, le djihadisme en constituant une conséquence mécanique).

Il pose donc le constat suivant: deux sociétés distinctes cohabitent sur le même territoire, elles vivent côte à côte, mais s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre. «La première continue de rechercher toujours plus de droits individuels, en évacuant toute contrainte morale, religieuse et bien entendu nationale, mais s’inquiète confusément de «ne plus se sentir chez elle». La seconde, poussée par les plus jeunes, rejette en bloc ce modèle et cherche au contraire, autour de la religion, à conforter des règles morales et sociales fortes».

Faut-il conclure que le député juge irréconciliables les différentes communautés sur le territoire national? Non. Il explique très clairement que le nœud gordien à trancher est celui du choix de la loi qui s’applique en dernier ressort: celle de la République ou celle de la Charia. C’est au sein de la communauté musulmane de France que doit se régler cette question.

Ce qui doit être établi une fois pour toutes, c’est que les convictions religieuses appartiennent à la dynamique de l’intériorité, et ne régulent pas l’existence de la cité, espace d’interaction d’une galaxie de consciences aux perceptions du monde les plus variées. Une culture élémentaire les rassemble néanmoins, qui repose sur quelques règles affirmant la liberté de conscience, l’égalité homme/femme, et la désirabilité de société ouvertes.

Par ailleurs, Pierre Lellouche appelle parallèlement à en finir avec la repentance et la négation de notre Histoire. Il encourage aussi à la responsabilité, comme dans ces lignes fortes: «Tant que l’Europe n’aura pas accepté d’appréhender le monde tel qu’il est, en acceptant ses bouleversements et ses menaces, tant qu’elle n’aura pas réinvesti le registre de la puissance et du recours à la force, elle sera incapable de distinguer ses amis de ses ennemis. Nous ne ferons rien pour les premiers et rien contre les autres. Et la France devra prendre ses responsabilités, au besoin seule. La solitude dans l’action valant mieux, pour une grande nation, que l’immobilisme des puissances éteintes».

L’ouvrage impressionne par sa densité et les connaissances de l’auteur en matière de relations internationales. Les perspectives analytiques qu’il ouvre sur l’approfondissement du fonctionnement de l’échiquier de la puissance mondiale, allant des Etats-Unis à la Russie en passant par l’ensemble des pays du Moyen-Orient, excitent la curiosité et le désir de raisonner dans de vastes horizons stratégiques.

Personnalité souvent caricaturée, Pierre Lellouche affirme dans ces pages – de manière magistrale – que sa pensée mérite une écoute attentive, qu’il excède de loin le niveau habituel des réflexions de nos politiciens, et qu’affirmer un désaccord avec certaines de ses conclusions exige d’affûter ses arguments… A lire absolument.

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